Les voix de l’Océan – Texte lauréat du concours d’écriture de conte

L’Ambassade de France a organisé au mois de septembre 2016  un concours d’écriture de conte, ouvert à tous les étudiants de français majeurs et sur le thème « L’Océan Indien ; langues et imaginaires ».

Voici enfin le conte vainqueur du concours, intitulé « Les voix de l’OCéan » et écrit par Abel Balate. Cet étudiant en 4e année d’enseignement de français à l’UEM part donc en stage linguistique de 4 semaines en France.
Félicitations à ce jeune talent et à tous les participants !

                                           Remise des prix du concours, 3 novembre 2016 à l’Institut des Langues                                                    Présentation du conte « Les voix de l’Océan » par Abel Balate

Il était une fois, un homme courrait dans une vitesse de la lumière, ses pieds nus conduisaient son squelette fatigué. Un fort cri déchire le silence apporté par les vagues de l’océan. Quelques minutes plus tard, la bouche du vieil homme faisait l’effort pour libérer quelques mots retenus dans les battements de son cœur.

– Elles m’ont dit…

Après ces mots, la foule qui était au bord de la mer a élevé la voix.

– Elles qui ? qu’est-ce qu’elles vous ont dit ?

Pendant trente-sept minutes ces questions et d’autres ont entouré le vieil homme.

– Elles qui ? qu’est-ce qu’elles vous ont dit ? de quoi vous parlez ? pourquoi vous nous regardez avec ce visage rougeaud ?

Les questions continuaient mais le silence avait déjà pris le corps du vieil homme. Lorsque quelqu’un intelligent a haussé le ton de la voix.

– Il est mort vous ne voyez pas ? Vous croyez qu’il vous écoute hein ? Il fallait sauver ce vieil homme, pas poser toutes ces questions et alors qu’est-ce que vous allez encore demander au cadavre ? Vous êtes marié ? Qu’est-ce que vous avez mangé hier ? Hein ? Bande de cons !

Après le sermon de la femme, tout le monde commençait à serrer les yeux qui versaient des larmes baptisant le corps du vieil homme qui venait de mourir avec la dette du doute planté en chaque cœur de la foule.

Personne ne savait son vrai nom mais quelques bouches disaient qu’il n’avait pas de maison et qu’il habitait au bord de la mer. Le fils de l’océan, c’est comme il aimait être appelé mais les gens l’appelaient le fou de l’océan.

Je vais l’appeler comme il aimait être appelé, le fils de l’océan ; c’était un vieil homme qu’on voyait toujours marcher et parler tout seul, il avait les cheveux blancs comme la majorité des gens de son âge.

Le fils de l’océan n’avait pas d’amis sur la terre, il disait que sa vie, ses amis, sa famille ce sont les eaux de l’océan. Quelques-uns disaient qu’il est venu de la mer et d’autres disaient qu’il est un fou qui est apparu par hasard au bord de l’océan indien plus concrètement dans notre plage qui s’appelle «  la plage  des mystères ».

Je ne sais pas d’où vient ce nom, mais depuis que j’ai grandi dans la plage des mystères, j’imagine qu’il a des mystères mais je ne les ai jamais compris, en tout cas, ils sont là dans les eaux du grand océan indien.

Lorsque je suis rentré à la maison, ma tête n’effaçait pas l’image du corps du vieil homme. J’étais déjà sur mon lit mais le sommeil ne voulait pas fermer mes yeux et lancer mon corps dans le silence de l’aube. Je tournais d’un côté à l’autre quand l’obscurité du sommeil m’a pris.

Je dormais mais mes oreilles écoutaient le bruit de l’océan, une voix timide pénétrait mes oreilles.

– Elles m’ont dit que vous devez…

À ce-moment j’essaie de bouger mon corps et d’ouvrir mes yeux pour comprendre qu’est-ce qui se passait avec moi. Mais c’était impossible.

– Elles m’ont dit… que…

– Vous avez eu un cauchemar !

Cette-fois-ci c’était la voix de ma grand-mère.

– Muzimba mon fils vous avez eu un cauchemar.

Muzimba c’est mon nom, cela veut dire corps. Je me suis levé sans rien comprendre.

Ma grand-mère Moya m’a demandé :

– Muzimba qu’est-ce qu’il se passe ?

– Je ne sais pas grand-mère, je dormais quand j’ai écouté une voix.

Je suis sûr que c’est la voix du vieil homme qui est mort aujourd’hui, le fils de l’océan.

Ma grand-mère Moya était sérieuse et ses larmes s’échappaient des yeux qui ont déjà presque tout vu dans notre petit village. Elle était la plus âgée de l’île de Chissioua Mtsamboro située dans l’archipel des Comores au canal du Mozambique. Le nom de ma grand-mère signifie le vent.

– Qu’est- ce que cette voix t’a dit?

– Je n’ai pas pu tout comprendre grand-mère mais j’ai écouté ces mots «  elles m’ont dit que vous devez » et ensuite je me suis réveillé.

– Muzimba tu as été choisi !

– Choisi ?

– Calme-toi mon fils, je vais tout t’expliquer.

Pendant ces dix-huit ans je ne t’ai pas dit mais tes parents sont morts quand tu étais petit, le bateau où vous étiez a coulé. Toi mon petit Muzimba, tu as été sauvé par les eaux de l’océan.

– Grand-mère pourquoi as-tu caché cette vérité ?

– Pardon mon fils, c’était pour te protéger.

– Me protéger de qui, quoi ?

– Muzimba tu étais petit pour comprendre mais maintenant je vais tout te dire.

Ma grand-mère Moya m’a parlé que j’ai été sauvé par les eaux de l’océan, les mêmes qui ont tué mes parents. En plus, elle m’a dit que ce vieil homme qu’on appelait  « le fou de l’océan » n’était pas fou. Il était sage et il parlait avec les eaux de l’océan.

– Muzimba, pendant plusieurs années nos ancêtres nous racontaient l’histoire d’un jeune homme qui serait capable de parler aux eaux de l’océan indien et à tous les êtres vivants qui habitent dans ces eaux.

– Alors comment pouvez-vous être sûr que ce jeune homme c’est moi ?

– C’est toi Muzimba. Selon l’histoire qui est passée de génération en génération, après la mort d’un vieil homme, sa voix se lèverait le soir pour indiquer un jeune dans une des terres entourées par l’eau, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, la Réunion, la Mayotte, le Madagascar et d’autres terres lointaines. Le choisi c’est toi Muzimba, le fils de notre petite île de Chissioua Mtsamboro.

– Grand-mère, j’ai été choisi pour quoi faire ? je veux comprendre.

– Muzimba, malheureusement je ne peux pas répondre à cette question. Tu dois aller à la plage des mystères à minuit.

– Mon fils Muzimba, tu as une grande mission sur la terre.

Pendant l’embrassade avec ma grand-mère je sentais que son corps tremblait et qu’elle avait peur comme moi mais dedans elle était heureuse. C’était presque minuit, chaque fois que je m’approchais des eaux de l’océan mes pieds tremblaient.

– Muzimba !

C’était une voix inconnue venue de l’océan.

– Muzimba, tu dois aller à toutes les terres de l’océan indien, pour passer notre message.

– Comment parlerai-je à tous les peuples si je ne connais pas leurs langues ?

– Muzimba, dans ton nom et dans ton cœur il habite une langue universelle, la plus belle des langues, la langue de la paix, de l’amour, de l’égalité entre les hommes. Tu dois parler cette langue dans ces terres.

Après avoir écouté les voix de l’océan ma vie a changé, j’avais le plus grand trésor de l’humanité, les langues du monde habitaient en moi et j’avais la mission de voyager dans les terres de l’océan pour parler au nom des voix de l’océan. Dans la terre de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique, de la Réunion, de la Mayotte, du Madagascar et d’autres terres lointaines, j’ai passé le message des eaux de l’océan indien.

– Fils de la terre draguée par l’eau, j’envoie Muzimba, pour vous dire qu’il faut respecter les uns aux autres. Mais il faut respecter l’avenir qui est dans les eaux de l’océan et tous les êtres vivants dans ces eaux. Ne laissez jamais que les valeurs monétaires achètent vos valeurs plus précieuses, l’amour.

J’ai voyagé dans toutes les terres pour laisser le message dont le monde a besoin, je m’appelle Muzimba, je suis né dans l’océan indien et je parle toutes les langues, je suis un citoyen du monde.

banner-facebook-2

 A Embaixada de França organizou no mês de Setembro de 2016 um concurso de escritura de conto, aberto a todos os estudantes de francês maiores de idade, sobre o tema «  O Oceano Indigo ; línguas e imaginários ». Apresentamos agora o texto vencedor escrito por Abel Balate e intitulado « Les voix de l’Océan  » (As vozes do Oceano). Esse estudante de ensino de francês ganhou um estágio linguístico de 4 semanas na França.                                                                           The French Embassy organized during the month of September 2016 a story tale writing contest, open to all students of French over the age of 18, under the theme « The Indian Ocean; languages and imaginaries”. We are presenting now the winning text of the contest, « Les voix de l’Océan » (The ocean voices) written by Abel Balate. This student in the area of french teaching won a four weeks linguistic training in France.

 

La crevette et la mouette

L’Ambassade de France a organisé au mois de septembre 2016  un concours d’écriture de conte, ouvert à tous les étudiants de français majeurs et sur le thème « L’Océan Indien ; langues et imaginaires ». Nous vous proposons donc de découvrir les contes des 3 premiers lauréats, avec dans cet article le conte qui a remporté le 2e […]

Le grand pêcheur et chasseur

L’Ambassade de France a organisé au mois de septembre 2016  un concours d’écriture de conte, ouvert à tous les étudiants de français majeurs et sur le thème « L’Océan Indien ; langues et imaginaires ». Nous vous proposons donc de découvrir les contes des 3 premiers lauréats, en commençant par le 3e, écrit par Antonio Boane de l’Université […]

Les 10 ans de la francophonie au Mozambique, résultat d’un concours d’écriture aux couleurs des régionalismes de la langue française. (2/2)

Comme chaque année, le Ministère de l’Éducation et Développement Humain (MINEDH) a lancé dès la rentrée des classes 2016 le concours des 10 mots de la francophonie auprès de toutes les écoles secondaires mozambicaines. Ce concours se base sur la liste des 10 mots choisis chaque année pour illustrer un aspect de la francophonie et […]

Les 10 ans de la francophonie au Mozambique, résultat d’un concours d’écriture aux couleurs des régionalismes de la langue française. (1/2)

Comme chaque année, le Ministère de l’Education et Développement Humain (MINEDH) a lancé dès la rentrée des classes 2016 le concours des 10 mots de la francophonie auprès de toutes les écoles secondaires mozambicaines, l’équivalent des collèges-lycées français. Ce concours se base sur la liste des 10 mots choisis chaque année pour illustrer un aspect […]

A l’Alliance française de Mbabane, vous êtes aux petits oignons

Good/Goût de France C’est bien connu beaucoup de choses se passent autour d’un repas. La gastronomie est un sujet inépuisable pour les Français, une expérience qui doit se vivre pour être comprise. L’opération Good/Goût de France qui rassemblait sur cinq continents plus de 1500 restaurants, a prouvé, une fois encore, que la cuisine française est […]

Temos 10 anos ! ou le talent des jeunes mozambicains francophones

« Temos 10 anos ! », Nous avons 10 ans ! : un slogan qui a fleuri sur des centaines de T-shirt en ce mois de mars 2016,  dans les rues de Quelimane, Maputo,  Inhambane ou encore Beira. Ce n’est pas le printemps de l’hémisphère nord mais la francophonie qui s’est épanouie sous le soleil mozambicain.  Et cette année, la […]

Le droit à l’insouciance

Autour du 8 mars, journée internationale des femmes, le SCAC de Maputo organise une semaine d’événements « sur le chemin de l’égalité ». Pour rappeler que, tant en France qu’au Mozambique, l’égalité hommes-femmes n’est pas un fait établi mais un parcours semé d’embûches. Cette année encore, nous avons voulu aller à la rencontre des jeunes adolescent-e-s, pour […]

Au rendez-vous de la Liberté

Mardi 22 mars dernier, au cœur de la Francophonie, le Centre Culturel Franco-Mozambicain ouvrait ses portes au public à l’occasion d’une soirée prolongeant celle de l’an dernier, Liberté et Tolérance. À la fois atelier d’illustration et concours de poésie, le projet, intitulé cette fois Dessine-moi ta liberté, a gardé l’ambition première de ce rendez-vous désormais annuel : […]

Casques bleus et bottes de caoutchouc

Le sept avril, c’est le jour de la femme mozambicaine. C’est aussi le nom d’un quartier à Quelimane, en Zambézie. Un quartier vert, en cette saison pluvieuse, qui s’étire entre mangroves, cocotiers et rizières. Mais ne cherche pas la carte postale ; je vais te parler fécalisme et assainissement, avec les activistes du centre communautaire 7 […]