Au rendez-vous de la Liberté

Mardi 22 mars dernier, au cœur de la Francophonie, le Centre Culturel Franco-Mozambicain ouvrait ses portes au public à l’occasion d’une soirée prolongeant celle de l’an dernier, Liberté et Tolérance. À la fois atelier d’illustration et concours de poésie, le projet, intitulé cette fois Dessine-moi ta liberté, a gardé l’ambition première de ce rendez-vous désormais annuel : soulever l’épineuse et brûlante question de la liberté d’expression.

Le soir de l’événement, le public est venu nombreux sous les traits de la jeunesse. S’emparant du CCFM, l’égayant de leurs personnalités multiples, les jeunes ont balayé l’atmosphère d’une fraicheur salutaire. Grands, petits, discrets, assurés, ils étaient des yeux venus voir, des voix venues parler, des mains qui avaient gratté. Gratté le papier, d’abord. Mais l’avaient découpé, aussi. L’avaient délicatement taillé, collé, strié et plaqué, intérieurement révolté.

S’il fallait brosser le portrait de cette soirée, le choix d’un diptyque pourrait être approprié.

Sur le premier panneau se détacherait une mosaïque reprenant en flash-back différents moments : l’exposition des étudiants de l’École Nationale d’Arts Visuels d’abord – la vivacité de leurs dessins, leur style graphique nourri de questionnements en fil rouge permanent – ; plusieurs extraits du groupe de théâtre Makwerhu qui fit irruption pendant le vernissage, surprenant les spectateurs par l’énergie et la puissance de ses gestes rythmés, ses variations de tons à donner des frissons ; enfin, un focus sur la scène extérieure du jardin où s’est tenue, sous une lumière feutrée, dans un décor un peu vintage, la déclamation slammée des dix lauréats du concours de poésie.

Liberté et Tolérance

Liberté et Tolérance 2 Performance théâtrale du groupe Makwerhu pendant le vernissage de l’exposition 

Sur le second panneau de ce diptyque imagé, l’ambiance apparaîtrait tout autre, métamorphosée suite à trois gouttes de pluie, basculant dans un univers plus expérimental, quelque part entre les escaliers et le corridor du CCFM. Les menaces du ciel étant parfois de bons alibis pour l’exploration de voies nouvelles, c’est en effet dans ces drôles d’espaces, sur cette non-scène, que les musiciens et rappeurs se sont succédé le reste de la soirée.

Liberté et Tolérance 3

Liberté et Tolérance 4

Du visuel au parlé en passant par la gestuelle, le chant, la musique, il n’aura été question, ces quatre heures durant, que d’un unique et même sujet : la liberté, qu’est-ce que c’est ?

«C’est le droit de marcher dans la rue sans être importuné», écrit Alain Corbel, illustrateur français qui a dirigé l’atelier. C’est aussi, poursuit-il, «le droit d’aimer, (…) le droit de ne rien faire, le droit de s’exprimer, le droit de voyager, de voler ou de rêver ».

En somme, une ribambelle de petits plaisirs devenus au fil du temps si évidents dans nos sociétés démocratiques que l’éventualité même de leur effondrement nous accable, avec raison, jusqu’aux tréfonds de nous-mêmes. Le rire qui éclate, les hanches qui se déhanchent, le journaliste qui fait pencher sa plume, l’artiste qui brandit son pinceau, les enfants sur le chemin de l’école, la différence des langages, des corps, des croyances et pensées… autant de définitions qui associent la liberté à la vie. Et c’est la vie-même que ce soir-là nous souhaitions célébrer, avec une intensité particulière au regard des événements qui s’étaient produits en Europe dans la journée.

Un peu plus tôt en effet, si d’un triste rappel il est besoin, la marque sombre du djihadisme avait plongé la Belgique dans la terreur. En début de matinée, à Bruxelles, des hommes et leurs bombes avaient tenté de faire voler en éclats un ensemble de valeurs et la liberté au premier rang, dans une violence inouïe, gratuitement. Une énième fois pourtant, leurs auteurs s’étaient trompés. Trompés de cibles et de pensée. Trompés de raisonnement.

Aussi longtemps qu’existeront de petites et grandes mains pour se saisir du monde en points et en traits, en formes et couleurs, en papiers ; aussi longtemps que la musique résonnera en plein air, chez soi, dans les avenues et ruelles, dans l’étroit couloir d’un centre culturel ; tant que s’épanouiront des graines d’artistes futures plantes et racines, future jungle de demain ; tant que persistera enfin du bruit dans les gradins, qu’un public répondra présent, reprenant avec une voix juste ou fausse mais avec une voix propre les couplets et refrains des chanteurs, la liberté vibrera et vibrera encore, sans relâche, impétueusement, avec ferveur et entrain.

Lauriane Schulz,

Chargée de projets culturels au CCFM

Na Terça-feira 22 de Abril, no âmbito da Francofonia, foi organizado no CCFM o evento «Desenha-me a tua liberdade». No seguimento do Sarau Liberdade e Tolerância realizado o ano passado, este Sarau tinha como objectivo celebrar e questionar a liberdade de expressão. Várias formas artísticas foram exploradas pelos jovens participantes: a ilustração, apresentada através da exposição dos estudantes da ENAV, o teatro com a intervenção do grupo Makwerhu, a poesia com a declamação dos 10 seleccionados do concurso de poesia, a música com os vários cantores convidados. O Sarau era particularmente simbólico à luz dos acontecimentos que tinham ocorrido o mesmo dia, em Bruxelas.                                                                                                                           On Tuesday 22th of April, as part of the Francophonie, a cultural event has been organized in the CCFM around the theme and slogan «Draw me your Freedom». As an extension of the evening Liberté et Tolérance which was held last year, this evening aimed to celebrate and question the freedom of expression. Many artistic forms have been explored by the young participants: illustration with the ENAV students’ exhibition, theatre with the Makwerhu group performance, poetry with the ten winners of the poetry competition, music with the different guests. The evening was particularly symbolic in view of the previous events which occurred earlier in the day in Brussels.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *