Casques bleus et bottes de caoutchouc

Le sept avril, c’est le jour de la femme mozambicaine. C’est aussi le nom d’un quartier à Quelimane, en Zambézie. Un quartier vert, en cette saison pluvieuse, qui s’étire entre mangroves, cocotiers et rizières. Mais ne cherche pas la carte postale ; je vais te parler fécalisme et assainissement, avec les activistes du centre communautaire 7 de Abril.

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Ils sont 14. Deux fois 7. Mais ce n’est sans doute pas fait exprès. Car de fait ils devraient être bien plus nombreux pour couvrir tout le quartier, toutes les familles des 16 postes administratifs – compter de 50 à 100 familles par poste. Cela fait du monde, pour ces bénévoles qui sillonnent les pistes et chemins avec leur nouveau polo rouge et leur casque bleu de chantier. Hommage à la France, qui les finance depuis peu, pour faire de la pédagogie et construire ça et là quelques latrines – payantes par crédit rotatif ou offertes pour les plus nécessiteux.

Venant d’un monde où il est toujours aisé de trouver un WC fermé à portée de séant, avec un dispositif d’évacuation qui s’actionne par simple levier ou pression, on finit par ignorer à quel point cela reste un luxe. Le terme « trône », qui moque l’objet en porcelaine vitrifiée, et rappelle que nous sommes tous, rois ou manants, égaux devant nos déjections, est cependant on ne peut plus à propos.

Aujourd’hui, selon les statistiques rappelées lors de la journée mondiale des toilettes (19 novembre), c’est la vie de 2,5 milliards d’êtres humains que de ne pas avoir un accès à un « assainissement amélioré », c’est à dire à des toilettes « hygiéniques ». Et parmi elles, 1,1 milliard est condamné au fécalisme dit « à ciel ouvert ». Un enjeu de santé publique d’abord, quand on sait que 2,2 millions de personnes, dont 760.000 enfants, meurent chaque année du fait des maladies hydriques – choléra, typhoïde, légionellose – qui résultent de cette absence d’assainissement (sources OMS et Unicef).

Au quartier 7 de Abril de Quelimane, on visite un échantillon de ce monde étranger à nos luxueux cabinets d’aisance. Et s’y promener renvoie à cet autre aspect de la dignité humaine. En général, on préfère évoquer des sujets plus nobles comme la liberté d’expression ou le respect des différences. Mais le droit au trône devrait figurer en bonne place sur la liste des nouvelles Bastilles à conquérir.

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Nos activistes s’y emploient, tutorés par une ONG grande sœur, Cecohas. Ils prennent leur activité très à cœur, jusqu’à chanter leur « boa disposição » dès votre arrivée sur le quartier, avant de vous emmener visiter, toujours en chanson, quelques-unes des latrines construites, de la prison pour femmes aux différentes maisons en terre sèche et toit de paille disséminées dans le quartier.

Rien de bien formidable à chaque fois. Des trous améliorés, avec parfois un siège en ciment, plus ou moins adapté à la motricité réduite des bénéficiaires que l’on rencontre : un aveugle d’abord, puis des personnes courbées par leur âge. Ici l’on évacue ses matières avec un sceau d’eau vers un genre de fosse que la pluie va contribuer à tasser au fond, vers les entrailles du sol. Ce n’est pas encore un tout à l’égout ni un système de traitement des eaux excrémentielles, mais c’est un début. Mieux qu’un trou à même le sol, sans réelle protection ni barrière intime.

Un water-closet de ce genre coûte 1250 meticais, soit moins de 25 euros. Pour 30.000 euros environ, chaque famille du quartier pourrait avoir le sien. Je connais des révolutions plus ruineuses, et aux résultats moins certains. Car ici, ce rien fait la différence. Il suffit pour s’en rendre compte de voir le sourire de cette vieille dame avec qui l’on a même pu rire du sujet quand elle a testé son nouveau siège, au prix d’une gymnastique nouvelle.

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Le rire est la politesse du désespoir, dit-on parfois. C’est peut-être pour cela que l’on a beaucoup ri, ce jour d’été 2016, avec nos activistes en casque bleu et bottes en caoutchouc, tout au long de notre promenade au cœur de leur univers. Peut-être aussi pour masquer notre gêne de ne parler que de fécalisme à longueur de pas. A moins que l’on n’ait ri tout simplement de ce bonheur de voir des personnes se remettre debout fièrement, par le fait de pouvoir s’asseoir dignement.

Guillaume Thiériot,

Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle

No bairro 7 de Abril em Quelimane, a ONG Cecohas e o centro comunitário trabalham para um saneamento melhorado através de construção de latrinas, com o apoio financeiro da França. Latrinas simples más que fazem uma diferença para essas famílias, dando lhes um pouco mais de higiene e conforto além de intimidade. Quando falamos de dignidade humana, é mais fácil evocar as nobres ideias de liberdade de expressão ou de respeito pelas diferenças; mas o direito de acesso a uma latrina também deveria estar na lista das futuras “Bastilhas” a serem conquistadas.                                                                                                                                                                                                In « 7 de Abril » neighbourhood, the NGO Cecohas and the community center work together to improve the sanitary conditions of the inhabitants by building public lavatories with the financial support of the French Embassy. It is just toilets…but these simple facilities make the diference for these families, given them better living conditions, hygiene and intimity. When we talk about dignity, it is always easy to come up with some noble ideas such as freedom of speech or tolerance; but the widespread access to sanitation should definitively be put on the top of our agenda.

 

 

 

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