Entretien avec l’artiste comorien Maalesh lors de son passage au Mozambique

Bientôt la francophonie 2016 ! Occasion pour un retour sur la francophonie 2015 et sur l’artiste comorien Maalesh. Celui-ci s’était produit en mars 2015 à l’Alliance française de Mbabane et au centre culturel franco-mozambicain de Maputo avec Matchume Zango e Tinoca, deux artistes mozambicains : une belle rencontre de musiques de l’Océan indien.

  • Vous avez joué dans le cadre de la francophonie au Mozambique, qu’est-ce que la francophonie pour vous ?

En tant que comorien, être francophone c’est déjà pouvoir tourner la tête vers le monde, c’est une référence considérable. Comme les anglophones ont l’anglophonie et les lusophones ont la lusophonie. La francophonie est importante partout car la France, ma grande France, est aussi une puissance mondiale et le français est présent dans tous les continents. C’est une richesse. Mais il faut dire que toutes les langues sont belles. Plus notre richesse linguistique est grande et plus cela nous facilite l’accès au monde, non seulement les voyages mais aussi la compréhension du monde. J’ai ressenti ici une grande difficulté linguistique car je ne parle pas portugais. Mais en tant que Comorien, je me sens très proche de la partie Nord du Mozambique et puis nous pouvons communiquer facilement avec le Swahili. C’est d’ailleurs un bel exemple de langue forte pour la communication entre pays africains.

  • Lors du concert, vous avez joué avec des artistes mozambicains que vous avez rencontrés quelques jours avant le concert, comment s’est passée cette rencontre ?

Ce fut une rencontre artistiquement très positive ; c’était important pour moi de venir ici et de faire des choses avec des Mozambicains. Je dois dire que le temps était très court. Nous avons passé plus de temps à travailler sur la communication artistique que sur un véritable dialogue entre nous ou un échange d’idées. De manière générale, il est important que les artistes de pays voisins aient l’occasion de communiquer.

  • Comment s’est passé le concert ? Quelles ont été vos impressions ?

J’ai fait deux concerts, l’un au CCFM de Maputo et l’autre à l’Alliance Française de Mbabane au Swaziland. Au concert de Maputo le public était majoritairement jeune ; il y avait beaucoup d’enthousiasme. C’est étonnant car normalement quand on joue juste avec une guitare, les gens écoutent et restent silencieux. Au fur et à mesure, j’ai entendu l’attention s’attacher et quand les mozambicains sont arrivés sur scène, c’était encore plus fort. Au Swaziland, les gens étaient curieux d’entendre un comorien jouer. La salle était petite et le public plus âgé. J’ai pu m’exprimer avec le public en anglais, je pouvais raconter des histoires avant les chansons. Je dois dire qu’il n’y avait pas la barrière de la langue et donc il y avait plus de contact avec le public. J’ai pu parler des Comores ; dire que là-bas il n’y a pas grand chose mais il y a la paix.

  • Êtes-vous déjà intervenu au sein d’un événement de la Francophonie dans un autre pays ?

Aux Comores, la francophonie c’est ma fête ! En dehors des Comores, j’ai gagné une année le prix du festival « Visa Francophone » à Villefranche. Par ailleurs, j’ai participé plusieurs années de suite au festival « Les Francofolies », à La Rochelle.

  • Que vous évoque le slogan : nos langues, nos paysages ?

C’est un beau slogan. Quand tu me dis paysage, je me dis que les langues voyagent. Et le paysage c’est le souvenir. C’est l’image qu’il te reste en mémoire après un voyage ou après une rencontre. Egoïstement, je pense d’abord à ma langue et puis à toutes les langues parlées par des peuples qui ne sont pas connus. La francophonie est un lien entre nous tous. La francophonie c’est ce qui me permet de communiquer. Je voudrais qu’aux Comores, on puisse apprendre aux enfants la langue Swahili car c’est une langue qui nous relie entre peuples africains.

  • Est-ce votre premier séjour au Mozambique ? Quelles sont vos impressions ?

Je suis venu en 1998 lors de ma tournée africaine. Mais je suis arrivé et j’ai joué le lendemain. Je ne me souviens pas de beaucoup de choses car c’était rapide. J’ai senti qu’il y avait moins de foule, moins d’activités dans la ville à l’époque. Aujourd’hui je vois une ville qui bouge. Une ville qui se développe ; c’est une bonne chose mais il ne faut pas oublier la culture et les rencontres culturelles entre mozambicains. Il n’y a pas que la consommation, la télé… les mozambicains ont une vraie richesse culturelle. Quand j’étais petit, j’écoutais la radio mozambicaine, on entendait des musiques du folklore local mais aujourd’hui à la radio j’entends de la techno ! Ils aiment le rythme les Mozambicains !

  • Y a t il des échanges culturels entre le Mozambique et les Comores ?

Dans les faits non. Je suis Président d’honneur d’une association qui vient de se mettre en place aux Comores : le Centre de Création Artistique et Culturel des Comores (CCAC). Nous avons demandé à l’Etat de nous donner un lieu pour communiquer entre artistes et nous l’avons obtenu, c’est une structure qui est en train de grandir. Nous travaillons avec l’Alliance Franco-Comorienne de Moroni mais ce serait bien de travailler aussi avec le CCFM de Maputo.

  • Connaissez-vous quelques artistes mozambicains ? Quelle est la musique locale qui vous inspire le plus ?

Oui, j’en ai croisés lors de mes tournées, à La Réunion et aussi en Europe. Mais à Maputo, c’était véritablement la première fois que je jouais avec un Mozambicain. J’ai aussi croisé Gonzola qui est un personnage extraordinaire. Je l’ai rencontré lorsque je suis allé hier à la Gare de Maputo, pour une exposition de peinture. D’ailleurs j’ai entendu chanter des enfants du conservatoire de Maputo. C’était magnifique.

Je ne connais pas bien la musique locale. J’ai entendu quelques musiques que j’écoutais petit, à l’époque de Samora Machel. Je me rappelle de l’ambiance de l’époque, même si j’étais petit. C’était à la même période que l’indépendance aux Comores, le 6 juillet 1975. Samora Machel était un modèle pour nous, tout comme Nyerere en Tanzanie.

  • Comment se porte la culture aux Comores ?

La culture aux Comores ne se porte pas au mieux. L’Etat ne nous aide pas beaucoup. Les personnes qui travaillent dans les Ministères ne se déplacent pas pour assister aux expositions ou aux concerts à moins qu’il y ait une représentation du Gouvernement. C’est pourquoi nous nous battons au CCAC pour aider les artistes dans leur travail : avoir le respect qu’ils méritent, une occasion d’exister et de faire exister cette culture comorienne qui est très profonde. On ne sait pas précisément quand l’île a été habitée mais le peuple est là depuis longtemps. Il faudrait aller chercher du côté de Pemba pour faire des recherches, je suis sûr que l’on trouverait un lien avec les Comores, une histoire commune. Mais l’Etat Comorien ne fait pas ce travail de recherche. J’ai confiance en la Coopération Française qui fera peut-être ce travail un jour pour comprendre le fonctionnement de ce petit pays…..Pourquoi rêver d’aller en France ? Pourquoi ne pas venir au Mozambique, en Ouganda ou ailleurs, voir qu’il y a des choses qui nous ressemblent plus qu’en France.

Merci Maalesh.

Propos recueillis par Hyacinthe Porcher, le 30 mars 2015.

Maalesh, músico e cantor comoriano, veio em Maputo e em Mbabane durante as celebrações da Francofonia 2015 e se produziu em dois shows. Nessa entrevista, ele nos conta a visão que tem da Francofonia e as impressões que teve durante a sua estadia aqui em março de 2015; também fala de questões linguísticas próprias às Comores e da falta de apoio governamental à Cultura no seu país. A Francofonia é uma referência importante para ele, mas ao mesmo tempo considera que todas as linguas são belas e contribuem a nossa compreensão do mundo. Ele diz não conhecer muito bem a cultura moçambicana, mas sente que as Comores tem uma proximidade linguística e cultural com o norte do Moçambique.                                                                  Maalesh, Comorian musician, performed at the Franco-Mozambican Cultural Center of Maputo and at the Alliance Française of Mbabane during the Francophonie 2016: two great concerts of the Indian Ocean in collaboration with Matchume Zango and Tinoca, two Mozambican artists. In this interview, Maalesh shares with us his views on Francophonie, a reference for him, and his new experience in Mozambique. He underlines the importance of culture in the development of a country and regrets the lack of implication of his government in this area. All the languages are beautiful to him and contribute to a better understanding of our world. He does not know very well Mozambican culture yet, but has already felt the cultural link between his country and the North of Mozambique.

 

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