Le droit à l’insouciance

Autour du 8 mars, journée internationale des femmes, le SCAC de Maputo organise une semaine d’événements « sur le chemin de l’égalité ». Pour rappeler que, tant en France qu’au Mozambique, l’égalité hommes-femmes n’est pas un fait établi mais un parcours semé d’embûches.

La voix des jeunes filles défendant leurs droits le 8 mars

Cette année encore, nous avons voulu aller à la rencontre des jeunes adolescent-e-s, pour échanger sur leurs trajectoires personnelles vers l’égalité. Selon une étude de notre partenaire Forum Mulher, un réseau d’associations mozambicaines travaillant sur les droits des femmes, 12% des femmes disent avoir été victimes de violences sexuelles à partir de 15 ans. Plusieurs violations aux droits des jeunes filles sont pointées par l’association au niveau de l’éducation : punitions corporelles dégradantes, augmentation du harcèlement sexuel, contrôle sur les tenues vestimentaires, obligation pour les élèves enceintes de suivre les cours du soir (où elles risquent de subir des violences à la sortie tardive de l’école, ce qui in fine augmente les risques d’abandon scolaire).

C’était notre second rendez-vous dans les écoles secondaires publiques, suite à la « Caravane du Climat », pendant laquelle, en novembre dernier, à une semaine de la COP21, nous avions sillonné les routes de la province de Maputo pour débattre du changement climatique, dont les impacts sont ravageurs pour le Mozambique. Sauf que cette fois-ci, la thématique touchait d’encore plus près les étudiant-e-s : nous venions parler de harcèlement sexuel à l’école.

Pour délier les langues, nous avons projeté le film « O jardim do outro homem », du réalisateur mozambicain Sol de Carvalho, dans les écoles secondaires de Laulane, un quartier de Maputo et de Namaacha, district rural à la frontière du Swaziland. Si ces deux réalités sont en apparence très éloignées, lors de ces deux interventions, les filles de la ville et les filles de la campagne ont osé briser le tabou, en parlant ouvertement de leur quotidien, somme toute similaire : ici c’est le prof de philo, là celui d’histoire, ou encore celui d’éducation physique qui fait des avances à ses élèves en échange de bonnes notes, et les menace de redoubler si elles ne répondent pas à ces « traitements de faveurs ». Loin des données statistiques effrayantes mais impersonnelles, nous avons été bouleversées par ces témoignages, mais aussi révoltées par la résignation des jeunes et des enseignants face au harcèlement.

photos namaacha
Un public nombreux lors de la projection du film O jardim do outro homem à Namaacha

 Un phénomène par ailleurs largement répandu : le Ministre de l’éducation a déclaré lors des célébrations de la journée de la femme mozambicaine, le 7 avril, que 2500 élèves sont tombées enceintes en 2015 et qu’il faudrait expulser les professeurs responsables, reconnaissant explicitement l’ampleur du problème. Or, jusqu’à présent, la seule mesure concrète a été l’interdiction des mini-jupes dans les écoles, une façon de culpabiliser les victimes sans remettre en question le comportement des agresseurs.

N’oublions pas que cette tendance n’est pas spécifique au Mozambique. En France aussi, un sondage pour l’association Mémoire traumatique et victimologie publié le 2 mars dernier dévoile qu’un tiers des Français déresponsabilise le violeur assez aisément dès lors qu’ils considèrent que la victime a « provoqué » son agresseur, par exemple en ayant une attitude séductrice, ou en se promenant dans la rue dans des tenues sexys. C’est pourquoi en 2016 la lutte pour les droits des femmes reste d’actualité, universelle. Car quand même les filles reproduisent les discours d’autocensure et de justification de la violence, cela donne une idée du chemin qu’il reste à parcourir.

Nous tirons notre chapeau aux associations Kutenga et Horizonte Azul qui interviennent tout au long de l’année dans les écoles pour déconstruire les discours d’oppression et planter les graines de l’égalité. Pour dire que ça suffit. Qu’on n’entende plus dire que le harcèlement sexuel dans les écoles, « c’est la vie ». Pour qu’on remette le problème à l’endroit : ne plus considérer les victimes comme responsables, mais affronter les racines du mal ; ne pas tergiverser sur la longueur de la jupe, mais s’efforcer de punir les coupables.

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ». Ou en tous cas on ne devrait pas l’être. Pour toutes ces adolescentes courageuses de Laulane, de Namaacha et du reste du Mozambique, pour qui étudier n’est pas un droit mais un combat quotidien, rétablir le droit à l’insouciance serait le premier pas sur le chemin de l’égalité.

Cécile Malaplate,

Chargée de Mission La voix des jeunes filles défendant leurs droits le 8 marsSociété Civile 

Etudiant-e-s de Laulane
Etudiant-e-s de Laulane

Durante a Semana da Mulher, visitamos as escolas secundárias de Laulane e de Namaacha para projectar o filme “o jardim do outro homem” de Sol de Carvalho, e debater sobre o assédio sexual nas escolas, com as associações Kutenga e Horizonte Azul. Para todas as raparigas do país, para quem estudar não é um direito senão uma luta cotidiana, é urgente restabelecer o direito a sonhar, primeiro passo no caminho da igualdade. Aliás, em vez de culpabilizar as vítimas, punir os responsáveis.                                                                                 During the « Women week », we organized projections of the movie “The garden of the other men » from Sol de Carvalho in two Maputo Province highschools in Namaacha and Maputo. After the projection, two Mozambican associations, Kutenga and Horizonte Azul,  led the debate with the pupils and their teachers on sexual harassment at schools. For too many young girls in the country, studying is not a right but a daily struggle. To restore their right to dream is a pressing need and the first step to equality.

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